Je n'ai jamais voulu écrire, les mots me venaient, naturellement, et naturellement comme un mal qu'on expulse, je les dégueulais sur le clavier, sur cette page si blanche, immaculée, que je venais souiller de mes angoisses.
Mais aujourd'hui j'écris à ceux qui se posent des questions, quand critiquer n'est plus de leur bon souper, et qu'ils souhaitent écouter grand et juste de leurs oreilles avares.

La vérité c'est que vous êtes seul. Il n'y a personne qui se battra pour vous comme on peut le voir dans certaines tragédies au cinéma. Votre entourage tourne et fonctionne autour d'un noyau qui lui est propre, et c'est en fermant les paupières qu'il lui est plus aisé de vous regarder dans les yeux. Et alors vous vous promenez, en tenant ce cadavre à côté de vous, parce que vous êtes incapable de vous en débarrasser, parce qu'il est votre âme sœur, ce côté obscur qui vous va si bien, et qui ne fait rien d'autre que de vous ronger de l'intérieur comme les vers qui l'ont élu domicile. Et tout ce temps où vous sentez sa présence, où vous le considérez comme étant un être à part entière, et la fois une partie inextricable de votre quotidien, les autres l'ignorent, comme s'il n'était qu'un vulgaire accessoire, un grand vide dans l'espace occupé. C'est dégueulasse. Lui aussi a le droit à la reconnaissance. Il existe, tout votre corps le crie, tout vos cauchemars l'illustrent.

Dans un monde qui ne voit qu'au travers d'oeillères, les critiques valsent avec les images, et les images avec les normes. Dans ce bal aristocratique, les plus nobles dansent volontiers, les autres de façons plus malaisée, et c'est toujours pour leur manque de finesse ou de bons procédés qu'on les remarque comme bouffons de société. Si il y avait là un emploi à temps plein, agréablement rémunéré et qui permettait une certaine félicité intérieur, ce pourrait être comique que de se pavané comme déchet de la communauté sous le regard pincé mais comblé des plus beaux jacasseurs. Imaginez un peu, les travers récalcitrant, étalés au grand jour comme habits d'apparat, les bourlets et les poils, les couleurs et les babas, les boutons et les lunettes, du coin de l'oeil une barbichette, et pour finir démarche de pince-moi-là. Magnifique déluge de petits défauts sympathiques, tandis que riant de tout leur saoul, et régurgitant leurs colibets mouillés d'acide, le spectacle ne serait que d'apogée pour qui le verrait de tout en bas. Car en effet ils sont grands, ces accrobates, à se tourbilloner les pattes pour faire de parfaits angles droits, quand moi haute comme trois pommes de mes un mètre soixante-seize, je préfère les ronds maladroits. Et que dire encore si ignoré par ceux que ça gène, votre cadavre adoré venait à se faire remarquer ? Oh les rumeurs iraient bon train, pour une fois, il aurait sa place dans les remarques hautaines et les confitures de dédain.

J'aime mieux encore boire un coup à sa santé, seule dans un bar miteux, entourée de fumée et de vieux cigares tout machouillés. Je pourrais vider mon verre avec sincérité, médicocrité bannie par les virtuoses du petit doigt levé.

Ainsi donc voici mon exclusion du monde, ma réclusion bien préparée, où j'apparais dans mes songes, comme hors-la-loi à cette cruelle télé-réalité. Et entre nous chers mentors de superficialité outragée, cacher sa langue dans sa tête et son antisèche dans la bouche est le meilleur moyen de ne pas se faire coincer, et dégoupiller.




Ps : Les riddeaux aux fenêtres sont plus que des bouts de tissus, quand on sait qu'ils nous cachent de ce monde bien bas déchu . 

 

 

Gaya