J_s-Night-10

C'est l'histoire de cette femme, dégoutée par la vie, par ses amours insipides, cette monotonie ambiante qui envahie les relations les plus passionnées, cet individualisme croissant qui mène à l'auto-satisfaction fade et purement bestial. La société s'organise en un réseau de veines putrides, toutes convergeant misérablement vers le palpitant d'une foule empoisonnée.

Et c'est ainsi que pour sauver l'humanité dans sa course folle vers la déchéance, on construisit des centres de fertilité. La fornication n'a alors plus de rôle dans la procréation, tant la maladie ambiante contamine la moindre parcelle de vie des cellules embryonnaires.

Cette femme en mal des origines de ses ancêtres, décida que si elle devait mourir, ce devait être par l'endroit d'où elle aurait du naître, et c'est ainsi qu'elle s'enfonça dans la forêt, allégorie de la mère dans une nature nourricière.

 Elle marcha, au plus loin que ses forces la menèrent, avant de tomber à genoux dans la vase des arbres morts.

Elle s'éveilla plus tard, les entrailles crispés, avec autant de difficultés qu'une mouche se débattant dans la toile. Lorsque ces paupières tinrent place sans convulsées, elle observa autour d'elle le mouvement d'objets étranges. Et des murmures, des centaines de murmures se répandant en un seul et même soupire.

 Elle amena une main au front endormi, comme une caresse maternante, empreinte imperceptible d'une maternité génétiquement caricaturée. Cette même maternité, dite « d'instinct », enseignée aux radios-bistrot par de vieux chineurs papiers repues des vielles anthropologies dépassées.

Ce simple geste, emprunt de douceur et de protection suffit à provoquer le silence, vertige émotionnel dans un royaume d'ombres et de dangers. Les sons nous mènent vers l'extérieur, comme la musique, à ces jours abolies, tant elle rapprochait les uns et faisait perdre du pognon aux autres. Or, c'est ce silence encombrant qui résonna ses peines, et sa triste condition de cadavre trop chaud pour être bouffable.

Elle tressaillit sous le poids de sa conscience interne, et réveilla les sens, frissonnant d'un mal qu'elle soupçonnait présent.

Autour d'elle, le vide, la lenteur, la pourriture, comme dans ce film, ou la jeune mariée se perd dans un grand parc, au prime abord magnifique, puis reflet du désespoir, la mélancholie¹.

Et pourtant dans cette dégénérescence, des peaux la frôlèrent, douces et piquantes, fraiches et ardentes, la portant vers de nouveaux horizons dans l'incertitude et le soulagement.

 

A suivre...